Actu

 

Dans le salon, la table du dîner est dressée.
La télévision allumée.

Alix ne rate jamais les infos du jour.

Et la grand messe du soir.

Place donc au journal de 20 heures, au fameux JT.

 

LE PRÉSENTATEUR : (Patrice)  Les titres du journal :

Terrible catastrophe aérienne : 325 victimes.

L’avion s’est abîmé, en pleine nuit, dans l’océan Atlantique : on recherche les boîtes noires.

ALIX : Encooore un accident, pauvres gens, quelle mort épouvantable !

 

LE PRÉSENTATEUR : Alerte sécheresse dans 43 départements :

A cause du manque d’eau les autorités sont… débordées.

ALIX : Voilà qu’on n’a plus d’eau !

 

LE PRÉSENTATEUR : Fait divers :

Le petit Jason, enlevé dans son école jeudi dernier vient d’être retrouvé en cinq morceaux, éparpillé façon puzzle, dans un réfrigérateur de la cantine de l’école.

Cette nouvelle a jeté un froid dans le petit village de Jason.

Madame, Monsieur, bonsoir, bon appétit si vous êtes à table…

 

LE PRÉSENTATEUR :

Rejoignons sans attendre notre envoyé spécial : Frédéric Okeurdelaction

Alors Frédéric, que savez-vous de plus qu’au journal de 13 heures ?

LE JOURNALISTE :

Eh bien, Patrice,  selon des sources proches du dossier, il semblerait que les morceaux du petit Jason aient atterri– si je puis dire – dans le réfrigérateur de la cantine à la suite d’une violente dispute.

Voire même d’un geste criminel.

LE PRÉSENTATEUR : Un geste criminel, dites-vous, quelle surprise…

 

LE JOURNALISTE : Tout à fait, je vous le confirme, même si les enquêteurs n’excluent pas la thèse… de l’accident.

 

LE PRÉSENTATEUR : Sur place, je crois que vous avez pu recueillir de précieux témoignages Frédéric.

LE JOURNALISTE : Absolument, d’ailleurs, j’ai à mes côté, Sylvain qui réside à proximité immédiate de l’école… euh… en fait, à cinquante kilomètres de cette cantine dans laquelle il travaille.

 

LE PRÉSENTATEUR : (reprenant la main, en direct)

Bonsoir Sylvain, merci d’avoir le courage de témoigner.

Qu’avez-vous vu ou entendu d’anormal le jour du drame ?

 

SYLVAIN, le témoin :

Ben, rien, vu que j’étais de congé ce jour-là hein, faut bien voir ça hein…

 

LE PRÉSENTATEUR : Cela dit vous êtes un témoin clé dans cette horrible affaire ?

SYLVAIN, le témoin :

Ben… c’est sûr hein… vu q’c’est moi qu’a les clés de la cantine, c’est moi l’homme clé, hein… faut bien voir ça hein…

 

ALIX : Bahhh… assez, quelle horreur…

 

Le JOURNALISTE local (ré-intervenant) :

J’ajoute un élément précieux, Patrice.

En effet, il se confirme que Sylvain, non seulement connaît particulièrement la cantine – il faut le noter – mais qu’il est capable de décrire aux enquêteurs l’emplacement exact du réfrigérateur.

SYLVAIN, le témoin :

Ben, c’est sûr, j’connais l’emplacement excat… esctax… exatc… enfin, je sais où qu’est le frigo, vu q’c’est moi qui le remplit…. mais pas c’coup là hein, c’est pas moi qu’a mis le gamin au frais, hein… faut bien voir ça hein…

 

LE PRÉSENTATEUR :

Merci messieurs pour ce bouleversant témoignage.

C’est ça le journalisme : investiguer, aller au cœur de l’info, trouver les bons témoins pour faire progresser l’enquête.

 

A ce sujet, l’audience de notre journal de 20 heures a gagné 0,17 % sur la tranche d’âge des 5 / 105 ans.
Compte non tenu des téléspectateurs allant aux toilettes pendant la publicité.

De ceux qui s’endorment.

Et ceux qui font des galipettes sur le canapé.

Toute la rédaction du 20 heures se joint à moi, chers téléspectateurs, pour vous remercier de ce si beau résultat.

Les infos du jour, le journal de 20 heures, c’est nous, TF2, première chaîne de France.

 

Tout autre chose maintenant :

 

Étranger : L’armée du OUKILEKISTAN menace d’envahir le PARICIKISTAN.

Tout de suite, notre envoyée spéciale, Christine RIENADIR.

Alors, Christine, il semble que cela chauffe sur le terrain ?

 

L’ENVOYÉE SPÉCIALE : Écoutez Patrice, actuellement, aucune information ne filtre.

Ici, reclus dans l’hôtel, nous attendons la suite des évènements.

LE PRÉSENTATEUR : La situation est donc explosive ?

L’ENVOYÉE SPECIALE (un peu gênée) :

Euh, comme je vous le disais, Patrice, ici c’est silence radio.

Je n’ai donc pas d’autre indication pour l’instant.

 

LE PRÉSENTATEUR : Et donc on redoute l’embrasement général…

L’ENVOYÉE SPÉCIALE (puisant dans ses derniers retranchements) :

Eh bien Patrice, puisque vous m’y invitez, voici une indiscrétion que je vous livre telle quelle.

Selon l’ami du cousin du beau-frère du gardien de l’immeuble du fils du chauffeur du président OUKILEKISTANAIS, il semblerait qu’une limousine, de couleur noire, aux vitres teintées, soit sortie, à vive allure, des grilles de l’immeuble voisin du palais présidentiel.

Précision supplémentaire : aux dires des témoins elle aurait grillé un feu rouge qui se trouvait là.

Tous les clignotants sont au vert pour le feu rouge : il est sain et sauf.

 

LE PRÉSENTATEUR : Que d’émotions, c’est bien là l’info du jour.

Cet élément décisif n’augure rien de bon, n’est-ce pas Catherine ?

L’ENVOYÉE SPÉCIALE (ne sachant plus quoi dire) :

Écoutez Patrice… c’est un peu tôt pour l’affirmer car, ici, nous n’avons pas d’autre information.

 

LE PRÉSENTATEUR : On le voit, la situation est explosive.

Merci pour toutes ces précisions Christine, restez prudente.

 

Suite des infos du jour, le présentateur enchaîne.

 

LE PRÉSENTATEUR :

France : le chômage augmente encore au mois d’août.

Sport : Plus de Français à l’US Open.

Econo…

Faisant irruption dans le salon Tom trouve Alix, dépitée.

TOM : Ça va comme tu veux chérie… tu sembles chagrinée.

 

ALIX : Tom, c’est la catastrophe, tu as vu les infos du jour ?

TOM : Quoi… ta mère vient passer le week-end ?

ALIX : Pire.

TOM : Pire… y’a pas !

ALIX : Tom, on est foutus, le monde est foutu, FOU-TU.

Tout marche de travers, on va dans le mur et on est contents d’y aller.

 

TOM : Allons, tu…

ALIX : Tu vois bien ce qui se passe, on te le dit aux infos du jour, on file un mauvais coton, c’est clair Tom.

Soudain, l’attention d’Alix est attirée par le présentateur.

 

LE PRÉSENTATEUR :

En résumé, nouvelle semaine de fortes pluies.

Hélas, il faut vous y préparer, vous ne verrez pas le soleil, n’est-ce pas, Miss Météo ?

 

ALIX : Et en plus le temps est pourri, la grisaille, l‘automne qui arrive, grrr… j’ai froid rien que d’y penser, tu parles d’une rentrée.

TOM (rire) :

Chérie, d’abord, l’automne vient souvent après l’été, tu sais… c’est… c’est une tradition dans notre pays.

ALIX (l’interrompant) :  Ah c’est malin ça, c’est du Tom tout craché ça.

 

TOM (amusé) :

Ensuite, le journal de 20 heures le dit assez : il y a sécheresse. Or tu sais qu’on n’a rien trouvé de mieux que la pluie pour la combattre la sécheresse ?

ALIX (ironique)

C’est ça… prends moi pour une gourde.

TOM (du tac au tac).

Une gourde a besoin d’eau… donc de pluie.

ALIX : Très bien, Môssieu fait de l’esprit, n’empêche je m’intéresse aux infos du jour, aux actualités, au monde, moi Môssieu.

Puis s’attendrissant :

Chéri, sois sérieux les infos sont mauvaises d’où qu’elles viennent, regarde le JT, tu verras bien.

Et en plus il va pleuvoir !

 

TOM (partant vers la cuisine) :

C’est le vingt heures chérie, le Journal télévisé que tu regardes en même temps que des millions de téléspectateurs.

On déplore qu’il pleuve, on demande aux gens de se préparer, de supporter la pluie, la neige, comme si c’était un fléau… et on leur dit en été qu’il n’a pas assez plu en automne !

Y’a pas un truc qui flanche là ?

ALIX : N’empêche, si tu écoutes bien les infos, quelque soit le JT, c’est évident, rien ne marche.

 

Tom revient de la cuisine avec un poulet fumant (et doré) qu’il pose sur la table.

TOM : C’est lui qui est cuit Alix, pas le monde.

ALIX :  Parce que, toi, le journal de 20 heures et toutes les infos qu’il donne ne te coupent pas l’appétit ?!

TOM : Non. L’aile ou la cuisse, Al ?

ALIX : Merci, je ne peux rien avaler.

Quand même, tu es bien d’accord, tôt ou tard, on est tous cuits, c’était mieux avant non ?

TOM : Noooonnn !

ALIX : Mais enfin, les crash d’avions, la sécheresse, la guerre au PARICIKISTAN, l’emploi, et tout le tremblement…

TOM : (la coupant)

De terre… tu aurais pu ajouter « de terre », c’est vrai, ça fait longtemps qu’on n’en a pas eu aux infos des tremblements de terre…

 

ALIX (agacée) :

Grrr… tu es incorrigible, ouvre tes yeux, suis les infos du jour, regarde les journaux télévisés, tu verras bien, que te faut-il de plus ?

TOM : L’aile ou la cuisse, Al ?

 

ALIX (énervée) :

Mais tu m’agaces avec ton poulet !

Je viens de te dire que je ne peux rien avaler.

 

TOM : Al, si c’est le 20 heures qui te change en pitbull, Manon va te lire Cendrillon, ça ira mieux après… moi je dîne, avant que le ciel ne me tombe sur la tête.

Et que le poulet ait un coup dans l’aile.

 

ALIX : Tom, je te l’ai déjà dit, tu es un ventre.

Mais, au fond, tu as un peu raison.

TOM : Complètement raison ?

ALIX : N’en rajoute pas s’il te plaît.

Ok, vive le temps pourri et vive Miss Météo.

(Tout bas pour elle-même) : N’empêche, qu’est-ce qu’elle est tarte Miss Météo, pas étonnant qu’elle te donne le bourdon !

 

TOM : Al, la pluie fait partie du temps normal, il n’est donc pas pourri.

Il est comme toi et passe par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.

 

Et pour le reste, ne te laisse pas influencer par le 20 heures.

Évidemment, je ne suis pas indifférent aux infos, à ce qui se passe ici ou là.

 

Mais admets que les gens s’intéressent davantage aux mauvaises nouvelles qu’aux bonnes, c’est comme ça, il y a des études là-dessus.

Et tout ne va pas si mal en réalité.

 

ALIX : Oh là, doucement l’artiste, je te vois venir avec tes gros sabots.

Circulez, le monde va bien, on nage dans le bonheur, l’extase, le Nirvana.

Et tout et tout.

J’en ai assez de ce monde de Bisounours.

 

TOM : J’ai dit ça moi ?

ALIX : Non… mais… franchement, regarde cet horrible crash d’avion.

325 personnes au tapis, et leurs enfants, tu penses à leurs enfants ?

Moi oui.

Et je préfère penser à ça car j’ai mal pour eux…

 

TOM : Tu préfères penser au crash… tu préfères penser à ce qui va mal, à ce qui est douloureux donc.

Et surtout à quelque chose sur lequel tu ne peux absolument rien.

C’est cela ta façon d’agir sur les choses ?

Juste à se lamenter qu’elles se soient produites ?

 

ALIX : C’est humain, non ?

 

TOM : Bien sûr… à condition d’aller plus loin.

Et d’abord de voir tout ce qui fonctionne.

Car il y a un paquet de choses qui fonctionnent bien, n’en déplaise au JT de 20 heures.

Un mari attentionné par exemple… oh pardon !

 

ALIX (amusée et charmée) :

Ah bon, tu fais ta pub maintenant…

 

TOM : Écoute, chérie, je comprends tes peurs.

Crois-moi, j’ai aussi les miennes et tu m’aides souvent à les dépasser.

 

Mais, au journal télévisé, est-ce qu’on parle des trains qui arrivent à l’heure ?

Est-ce que les infos du jour te débitent une succession de nouvelles réjouissantes ?

Ou simplement optimistes ?

 

Je te le répète, hélas, cela n’intéresse personne.

Les problèmes en tous genres oui, ça, ça intéresse.

On se réunit, on se fédère, on compatit.

Et on trouve plus malheureux que soi, ça rassure.

Et cela permet aussi d’avancer parfois, tu vois, je sais reconnaître les choses.

 

ALIX : Aaah on y vient.

Mais, au fond, tu es quand même dans le vrai : le 20 heures est un catalogue de misères en tous genres.

Et on les ingurgite sans rien filtrer.

 

TOM : Oui, en gros, c’est ça le JT.

Si ton TGV fait Paris-Marseille et arrive à la minute prévue, c’est un non évènement, c’est normal, quoi.

Mais s’il a trente minutes de retard, alors là, les boucliers se lèvent et, au-delà, tu peux même demander un remboursement !

C’est vrai ou pas ?

ALIX : Vrai,  chéri.

TOM : A force d’écouter le JT, ce qui va bien paraît anormal et on l’oublie.

Au mieux, ça fera une minute sur un 20 heures de trente minutes.

 

Du coup on se persuade que rien ne va jamais, et on se retrouve avec le moral à plat. « In the chaussettes the moral ! »

Et face à une succession de problèmes  plus graves les uns que les autres.

 

ALIX : Oui, je connais.

TOM : Sois tranquille, ne culpabilise pas, par habitude, des millions de gens sont comme toi.

 Ils deviennent des buvards et absorbent ce que le 20 heures raconte.

Même s’il arrive, bien sûr, qu’un journal de 20 heures apporte quelque chose.

 

ALIX : Ah… tu vois bien, les infos télé ça a du bon.

TOM : Bien sûr, je ne dis pas le contraire.

A condition de prendre de la hauteur.

ALIX : C’est ce qu’a fait l’avion et on a vu le résultat : 325 morts !

Rires des deux époux dont la passion l’un pour l’autre ne se dément pas.

 

TOM : Bien joué, tu marques un point.

Al tu as une seconde ?

TOM quitte alors la table et revient déguisé en…

C’est son truc à lui, se déguiser pour faire passer un message….

Fin (provisoire) de l’histoire !

 

Et maintenant

 

 

Comment vivez-vous les nouvelles du 20 heures et autres journaux télévisés ?

 Merci pour vos commentaires et partages sur les réseaux ci-dessous…

Trucs et astuces Moralotop, des trucs et astuces qui vous font mieux vivre

Pour recevoir les nouveautés par mail et être informé(e) de la prochaine évolution de Moralotop, fin octobre 2015,  cochez la case « Recevoir les nouveautés » située sous l’espace « Commentaire » un peu plus bas.

 Conférences, Livres, Ateliers, Coaching : retrouvez-moi ici