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Entrons progressivement dans l’histoire.

Aujourd’hui, second extrait après celui-ci :

Histoire vraie : Craquer ou pas ? (1)

Installez-vous tranquillement et imaginez…

Comme si vous y étiez.

Bonne lecture.

 

Craquer ou pas ?
L’incroyable histoire vraie qui améliore la vôtre (2)

 

2 ) Douche froide

Décembre 1985

Les équipes ont été prévenues : Michel, le fils du patron, vient donner un coup de main. Il s’occupera de la gestion complète de l’entreprise, ses parents, Jeanne et Paul, pourront enfin se reposer un peu.

Michel sait qu’on n’a pas deux fois l’occasion de faire une première bonne impression et que réussir son entrée « de boss », même temporaire, est important.

Lundi matin, 6 heures : Costumé comme un marié, il arrive au siège de la brasserie.

Avant tout le monde.

Et après une nouvelle nuit blanche, tant les doutes et questions l’ont empêché de fermer l’œil.

« Est-ce que je vais être à la hauteur ; pourrai-je tenir 6 mois ? Le personnel va-t-il m’aider ou me rejeter ? Saurai-je prendre des décisions, motiver les équipes, me faire accepter ? Ne suis-je pas trop jeune, trop dépourvu d’expérience pour diriger une entreprise ?
Est-ce que ça ne fait pas un peu Zorro de débarquer comme ça ?

Et puis, je vais tenir les cordons de la bourse, c’est une sacrée responsabilité, est-ce que je saurai faire ? Et si je fais des erreurs… ? »

 

Questions entre mille.

Bref, le stress n’attend pas pour pointer le bout du museau : il est là et bien là, aussi confortablement installé dans la tête de Michel qu’un téléspectateur dans son canapé.

Michel en est même un fidèle client, toujours à s’inquiéter pour une raison ou une autre. Au point d’avoir fait un ulcère à l’estomac à l’âge de 20 ans.

 

Malgré ses succès dans les études, à l’armée, auprès de ses employeurs… et des filles, Michel s’inquiète continuellement.

Pour ce qu’il fait et pour ce qu’il va faire.

Il tient cela de Jeanne, sa mère, perpétuellement tracassée, angoissée, inquiète.

Depuis toujours elle passe d’une peur à l’autre – de la plus simple, peur de ne pas arriver à l’heure, de voyager, d’avoir un accident, d’échouer, d’avoir un problème, etc. – à la plus sophistiquée : la peur d’avoir peur.

Ainsi, elle entasse, empile et rumine continuellement toutes sortes de soucis et tourments, accompagnés de pleurs fréquents : une vraie fontaine.

Et lorsqu’elle ne s’inquiète pas, c’est son entourage qui s’inquiète : est-elle malade ?

Hypersensible, impulsive, expansive, elle parle pour évacuer son stress.

Mais elle parle avec talent, c’est une commerçante « hors pair », une jolie femme qui passe merveilleusement bien auprès de ses clients et collaborateurs.

Bref, sans remonter à Louis XIV, voilà pourquoi le stress, l’anxiété et la peur du lendemain font partie de son fils, Michel.

D’où la nuit blanche qu’il vient de vivre.

6 h 30 : arrive Sylvain, un cadre de l’entreprise :

– Bonjour Michel, c’est bien de nous rejoindre, combien de temps restez-vous ?

– 6 mois.

Sylvain fait la moue :

–  Ah bon… pas plus ?  J’espère qu’on sera encore là dans 6 mois.

–  Euh… pourquoi dites-vous ça ?

–  Parce qu’il y a plein de trucs qui ne vont pas mais c’est pas à moi de vous expliquer. Vous allez avoir du boulot, ne tardez pas, Michel, ne tardez pas. Excusez-moi, je dois préparer l’ouverture.

 

Sur ce, Sylvain tourne les talons, laissant Michel,
planté comme un feu rouge à un carrefour.
Et contrarié par cet accueil qui lui fait l’effet d’un glaçon dans le dos.

 

C’est alors qu’intervient MISS CATA, doux nom donné à Miss Catastrophe, la petite voix intérieure qui, depuis toujours pollue l’existence de Michel… comme elle le fait avec la majorité des gens.

Miss Cata (dans la tête de Michel) :  Ça commence bien dis donc, pour un accueil c’est un accueil, Sylvain veut te casser, te couper les pattes en te disant des trucs sans te les dire tout en te les disant, ça démarre mal Michel, ça démarre mal…

C’est peu dire.

Mais n’est-ce pas au pied du mur qu’on voit le mieux le mur ?

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3) Votre mission si vous l’acceptez

Les premiers jours passent, Michel s’installe et… rien.

À sa grande surprise, rien n’a été prévu pour lui présenter l’entreprise, son fonctionnement, ses points forts, faiblesses, etc.

Rien sur les projets en cours, rien non plus sur les comptes, les fournisseurs, les clients, aucun état des lieux, aucun brief comme on dit quand on veut faire sérieux (ou branché).

Le fait est, c’est l’ambiance PME gérée à l’ancienne.

Michel, pour lui-même : Cela change de la multinationale où il faut faire une note lorsqu’un trombone a changé de place !

Qu’à cela ne tienne, si l’info ne va pas à lui, il ira à l’info.

Mais il y a plus grave.

Au fil des semaines, Michel va de surprise en surprise,
et découvre une réalité à laquelle il ne s’attendait pas.

Un jour il tombe sur une pile de lettres recommandées, non décachetées, enfouies au fond du coffre.

–  Mais Papa, il y a des délais dans une lettre recommandée, pourquoi les empiles-tu sans rien faire ni répondre?

–  Pas le temps. Et j’en ai marre.

Une autre fois, il découvre les étouffantes conditions de paiement fournisseurs, « au cul du camion », datant de l’an 40.

–  Mais Papa, pourquoi ne renégocies-tu pas les délais de paiement avec les fournisseurs ?

–  J’ai toujours fait comme ça et… et j’en ai marre.

 

Cherchant « les clés » de l’entreprise, Michel poursuit ses investigations, et comme à Fort Boyard se frotte à une nouvelle épreuve chaque fois qu’il ouvre une porte.

Cette fois il, arrive dans la salle du trésor.

Trésor public s’entend.

Félindra n’est pas là mais son fouet et les tigres sont bien présents sous forme d’une collection de mises en demeure, de saisies-arrêts, de pénalités, bref, toute la gamme des délicatesses dont est capable le Trésor public… le mot trésor étant, en la circonstance, un peu trop doux.

–  Mais Papa, pourquoi ne demandes-tu pas un plan d’apurement pour tout ça au lieu de te faire étrangler ?

–  J’en sais rien, j’en ai marre…

Euh… hum… ambiance.

 

Peu à peu tout s’éclaire.

Effrayé, Michel, comprend maintenant ce que voulait dire Sylvain le jour de son arrivée : « J’espère qu’on sera encore là dans 6 mois ».

Il comprend aussi que les mouches ont changé d’âne. Et qu’il n’est plus question d’un simple coup de main de 6 mois car la vraie question est… existera-t-on encore dans 6 mois ?

 

Bureau de la brasserie : réunion de Jeanne, Paul et leur fils.

Difficile pour un fils qui a tout reçu de ses parents de leur dire qu’ils ont perdu pied, que leurs méthodes sont obsolètes et qu’ils sont à deux doigts de la chute.

– Les parents, depuis 1968 vous avez fait un boulot formidable mais… euh… comment dire… vous rendez-vous compte de l’état catastro… euh… vous voyez bien que ça ne va pas fort ici.

–  Tu sais, ta mère et moi avons été opérés, on a été moins présents pendant un an, en plus les travaux ont coûté bien plus cher que prévu, on est fatigués mais ce n’est pas si grave.

–  Si Papa, c’est grave. Dans 6 mois on n’est plus là, tout le monde le sait, sauf vous. Ça ne m’amuse pas mais je dois vous le dire. Et vous devez l’entendre si vous ne voulez pas tout perdre.

Stupeur chez Jeanne et Paul, la première se mettant à… pleurer :

–  Mais que va-t-on devenir ?

–   Attends, ne t’emballe pas, écoute…

–    Les parents, le choix est simple : ne rien faire et on coule, ou se remuer drastiquement. Pas la semaine prochaine, ni demain, mais là, tout de suite. Et s’il n’est pas déjà trop tard… ça, je n’en sais rien aujourd’hui.

Têtes d’enterrement dans le bureau.

Et dans ces cas-là, il n’y a pas 36 solutions.

Soit on minimise, on minaude, on se dit qu’il aurait fallu ceci, qu’on aurait dû faire cela, bref, on devise comme des anciens combattants autour d’un thé (ou d’un calva) en regardant derrière et  sans décider grand-chose.

Soit on se dit tout l’intérêt qu’il y aurait à enclencher la deuxième, et on l’enclenche vraiment, en appuyant assez fort sur l’accélérateur… sans quoi le mur sera si près qu’on sera déjà dedans.

Après un discours où le thème « ce que l’on va faire » l’emporte sur « ce qu’on aurait dû faire », Michel et ses parents sortent quatre heures plus tard de leur conclave : il faut vite agir.

C’est ainsi que s’achève pour Michel la prometteuse carrière entamée chez Procter.

Sa mission est claire et importantissime :

Eviter la cessation des paiements, passer le cap des 6 prochains mois.

Sans perdre une minute, il déclenche le plan Orsec.

Mais par où commencer ?

D’abord, placer chacun là où il est le meilleur, ensuite, lui assigner un objectif précis.

Une réorganisation des effectifs et des compétences est ainsi mise en place, Séraphin se retrouve à la place de Bérangère qui prend celle de Mansour et ainsi de suite.

Tout le monde préfère ça, Séraphin (le porte-parole) le chante sur les toits… c’est un ange Séraphin.

Plus rapidement opérationnelle qu’un groupe de sauveteurs en mer – c’est dire –  cette  équipe new look se mobilise et monte sur le pont.

Avis de gros temps, mais l’équipage veut bouffer du lion, après les tigres de Félindra, on reste dans le contexte.

Chacun est donc à sa place, Jeanne et Paul aussi.

Quant à Michel, il se donne un peu plus à fond que s’il se donnait à fond, 7 jours sur 7, 12 heures par jour, souvent davantage, il n’imagine même pas qu’il puisse en être autrement.

Un rythme fou.

Pas le moment de se regarder le nombril, il y a urgence à redresser la barre avant que le navire ne sombre définitivement. Et que 18 années de l’immense labeur de ses parents ne partent en fumée.

 

Autant dire que Miss Cata (son insidieuse petite voix) se régale et le harcèle en permanence :

Pfff… quelle galère, tu n’y arriveras pas, c’est trop dur pour toi, même en ayant réorganisé, de toute façon c’est déjà cuit, ah là là… tu étais si bien chez Procter… c’était si confortable, la voix royale…

A ce stade, une chose est claire : en s’attaquant au redressement de la brasserie, Michel n’est pas sorti de l’auberge.

Relire le chapitre 1 :

Histoire vraie : Craquer ou pas ? (1)

 

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 Sommaire :

Paris, 17 heures.

1) Tu nous quittes déjà ? Quel dommage

2) Douche froide

3) Votre mission si vous l’acceptez

4) L’inconnue aux deux visages.

5) Deux sacs, un secret et une…

6) Fabuleux coup de chance

7) Ça balance pas mal à Paris

8) Surprise !

9) Quitte ou double ?

10) Mission 2 : appelez le 18 !

11) Mission 3 : dehors !

12) Geste fatal

13) La messe est dite

14) L’inspecteur Columbo s’en mêle

15) Le pirate et les valeurs

16) Confrontation au sommet

17) Il était une fois dans l’Ouest…

18) Une bonne nouvelle et deux mauvaises.

19) En Chine à pied.

20) Cinq cœurs s’arrêtent de battre.

21) Stop ou Encore ?

22) Supplices chinois.

23) Un chèque à 8 chiffres.

24) Le banquier et le martien.

25) Ça passe ou ça casse ?

26) Une compagne s’en va, une autre arrive.

Épilogue.

52 acquis pour la vie.

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